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Cheval et Économie : la Normandie en Pleine Transformation

La Normandie et la filière équine : forces et défis d’une région clé

(Analyse basée sur le rapport “Observatoire économique de la filière équine normande 2024”)

La Normandie, terre d’élevage et d’innovation équestre, s’affirme comme un acteur central de la filière équine en France. Dans cet article, nous nous appuyons sur les données et analyses fournies par le rapport “Observatoire économique de la filière équine normande 2024”, publié par le Conseil des Chevaux de Normandie, pour dresser un panorama des forces et des défis du secteur.

La Filière Équine Normande Génère 850 Millions d’Euros de Chiffres d’Affaires en 2024

Selon l’Observatoire du Conseil des Chevaux de Normandie, la filière équine en Normandie génère un chiffre d’affaires annuel de 850 millions d’euros et emploie environ 17 400 personnes en Normandie. Ces chiffres mettent en lumière l’importance économique du secteur dans la région, avec 5 600 entreprises actives et 147 000 équidés recensés. À titre de comparaison, au niveau national, le marché équin totalise un cheptel de 1,022 million d’équidés en 2022, répartis entre courses, sport-loisir et équidés de travail, selon l’Annuaire ECUS 2023.

Cependant, l’Observatoire ne détaille pas de manière exhaustive les disparités économiques entre les sous-secteurs. Par exemple, les entreprises liées aux loisirs équestres et au tourisme équestre pourraient être plus vulnérables que celles des courses, un aspect qui mérite d’être approfondi pour mieux orienter les politiques publiques.

L’Innovation et la Formation : un Pari sur l’Avenir

Avec ses cinq centres de recherche équins et des infrastructures comme le Campus international Normandie Équine Vallée près de Caen (14), la région se distingue en matière d’innovation. L’Observatoire souligne que le secteur attire des jeunes grâce à 30 centres de formation et à des formations supérieures tel que le Mastère Spécialisé®️ Sciences et Management de la filière équine – MESB, unique en France.

L’accès à ces ressources innovantes reste inégal à l’échelle nationale. L’Annuaire ECUS 2023 met en lumière une hausse globale des investissements dans les techniques modernes de reproduction (insémination artificielle, transfert d’embryons), mais leur adoption varie selon les segments.

Par exemple, les élevages de chevaux de trait et d’équidés de travail privilégient encore les modes de reproduction naturels, accentuant le fossé technologique entre les secteurs. Pour les chevaux de trait, de territoire et les ânes, la monte naturelle reste le mode de reproduction privilégié, tandis que l’insémination artificielle et le transfert d’embryons sont largement adoptés dans les élevages de chevaux de sport ou de trot. Ce choix peut être attribué à des raisons économiques (coûts moindres), logistiques (accès limité aux techniques modernes en milieu rural), ou à des préférences traditionnelles des éleveurs​. Dans certaines races, l’insémination artificielle représente 40 % ou plus des saillies totales, d’après l’Annuaire ECUS 2023.

Le rapport normand reste discret sur les défis financiers liés à ces investissements. Les petites structures équestres ont-elles un accès équitable à ces ressources ? Si oui, comment ? Ces initiatives bénéficient-elles à l’ensemble des professionnels ou sont-elles concentrées sur les acteurs les plus compétitifs ?

Une Domination du Monde des Courses en Élevage

La Normandie est le leader français de l’élevage équin, avec 12 624 naissances enregistrées en 2023, soit 23 % de l’effectif national. Les chevaux de course, comme les Trotteurs Français et les Pur-Sang, dominent le paysage, mais les races de chevaux de selle, comme le Selle Français, gagnent également en popularité, représentant 39 % des élevages.

Le rapport indique que le prix de vente des chevaux de courses est en baisse malgré un regain en 2021. “Les prix des chevaux d’élevage et chevaux de sport et de loisirs sont en nette augmentation depuis plusieurs années, ce qui rend difficile l’accès à une cavalerie pour les clubs équestres ainsi que les particuliers.” Cette dépendance de l’élevage aux fluctuations des marchés spécifiques, notamment les courses, pourrait constituer un risque en cas de baisse de la demande ou de crises économiques. Ce qui appelle à diversifier les débouchés pour garantir la pérennité de l’activité d’élevage.

Un Secteur Hippique Toujours Attractif et en Pleine Mutation

Avec 42 hippodromes et 362 réunions en 2022, la Normandie est la région française la plus tournée vers les courses hippiques. Pourtant, les paris en hippodrome stagnent, au profit des paris en ligne. L’Observatoire mentionne que “les montants pariés sur les hippodromes ont diminué d’année en année jusqu’en 2016 et se sont stabilisés depuis”.

A l’échelle nationale, le nombre d’entraîneurs et d’équidés à l’entraînement diminue, malgré une reprise après la crise sanitaire (près de 10 milliards d’euros de paris en 2022, un record historique) nous apprend l’Annuaire ECUS 2023.

Ce constat appelle à une réflexion sur l’attractivité des hippodromes mais également sur l’attractivité des territoires hors Normandie à attirer des exploitations de la filière courses pour une meilleure répartition nationale. Comment moderniser ces lieux pour répondre aux attentes des jeunes générations de parieurs tout en préservant leur dimension conviviale et culturelle ? Quelle seconde vie apporter aux hippodromes en dehors des réunions et avec quels moyens ? Comment les territoires peuvent-ils soutenir ce sous-secteur ?

Attirer les Nouvelles Générations dans la Filière Équine : un Enjeu Crucial

La Normandie est la région qui emploie le plus dans la filière équine, concentrant 15 % des employeurs équins en France. Néanmoins, l’Observatoire insiste sur le vieillissement des chefs d’exploitation, avec un âge moyen de plus de 55 ans. Bien que des efforts soient faits pour attirer les jeunes et les femmes (44 % des chefs d’exploitation sont des femmes, un taux élevé pour le secteur agricole), le rapport ne détaille pas les obstacles majeurs auxquels ces nouveaux arrivants font face : accès au foncier, financement des projets ou lourdeur administrative. Ces enjeux sont pourtant centraux pour assurer la transmission des savoir-faire.

La Normandie est la seule région à afficher une répartition presque équitable entre les parts des contrats en équitation, élevage et courses. À l’échelle nationale, bien que l’emploi dans les élevages et en équitation soit en hausse, la précarité de certains métiers et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée restent problématiques. D’après nous, cela nécessite une amélioration de la qualité des formations, une amélioration de l’accueil des étudiants en entreprise et une meilleure attractivité des carrières équines.

Une Stratégie Régionale Ambitieuse à Affiner

La Région Normandie investit chaque année 6 millions d’euros dans la filière équine, un effort significatif qui soutient des projets structurants tels que le Haras national du Pin et la promotion du tourisme équestre. Ces initiatives contribuent au rayonnement international de la région, renforçant son image de leader dans les domaines de l’élevage, des courses et des loisirs équestres.

Qu’en est-il de certaines zones rurales moins dynamiques ? A-t-on un suivi plus précis de l’utilisation des fonds publics et de leur impact socio-économique pour identifier les zones où les investissements pourraient être optimisés ? Bien que cette stratégie régionale témoigne d’une ambition claire, elle gagnerait à être ajustée pour garantir un développement équilibré et inclusif à l’échelle de tout le territoire normand, notamment pour les zones ou les acteurs les plus vulnérables.

Filière Équine Normande : Des Défis Structurants

L’Observatoire met en lumière les nombreux atouts de la filière équine normande, mais également ses limites. Si les investissements dans des infrastructures innovantes, comme le Campus international Normandie Équine Vallée ou les centres de recherche équins, témoignent d’une ambition louable, leur accessibilité pour l’ensemble des acteurs mérite réflexion.

Ces projets semblent principalement bénéficier aux secteurs les plus compétitifs, comme les courses hippiques et l’élevage de chevaux de sport pour le haut-niveaux, tandis que les petits exploitants ou les acteurs des loisirs équestres pourraient rencontrer des difficultés pour s’intégrer dans cette dynamique. Aussi, le rapport ne fournit pas de données claires sur l’inclusion des petites structures ou sur des dispositifs de soutien pour faciliter leur accès à ces innovations.

La filière équine française, avec la Normandie comme moteur, est à un tournant. Pour préserver son rayonnement et assurer sa durabilité, une collaboration étroite entre les régions, les acteurs publics et privés, et les instances nationales semble essentielle.

Crédit photo : Roxanne Legendre

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